rfi musique (01/06/2010)

Paris 01/06/2010 -
Pour ses débuts internationaux sous son nom, la chanteuse camerounaise Kareyce Fotso se dévoile sans artifice, seule avec sa guitare et ses percussions, dans un album intitulé Kwegne.


Un coup d’œil rapide sur la pochette de l’album Kwegne, pour vérifier qu’il n’y a pas eu d’erreur et lever ce doute qui soudain s’installe en entendant Kareyce Fotso : la jeune femme n’a pas la voix de son âge, et c’en est troublant. Au point de se demander si par moments elle n’a pas été visitée par une ancêtre lorsqu’elle était devant le micro.
Le chant emplit l’espace, en prend possession et capture l’attention avec un consentement tacite. Pourquoi résister à la tentation ? On pose les yeux sur les photos du livret, et l’on se retrouve aux côtés de la chanteuse, dans ce cliché en noir et blanc sans époque tandis qu’elle baigne sa fille dans la cour. Sûrement lui fredonne-t-elle une berceuse.

La finaliste du prix Découvertes de RFI en 2009, médaillée d’argent des Jeux de la Francophonie quelques mois plus tôt, a trouvé comment ouvrir en grand les portes de son univers.

Les percussions exploitées efficacement, la guitare sur laquelle elle joue deux ou trois accords qui servent de trame ne sont qu’accessoires : l’essentiel est dans sa façon de chanter, jamais dans la démonstration stérile, plutôt dans un registre naturel, avec des accents plaintifs qu’on devine hérités d’une mère pleureuse traditionnelle.

Les conseils du musicien et scénographe François Kolelaere, les encouragements de son illustre compatriote Richard Bona et les réactions suscitées par ses concerts en solo ont décidé Kareyce à s’affirmer dans cette voie, en enregistrant un album à l’image exacte du spectacle qui l’a faite muer.

De cette identité, on trouvait déjà trace sur son tout premier album Mulato uniquement sorti dans son pays, en particulier sur le morceau So’a qu’elle a repris ici, tout comme Maloye dont elle n’a gardé que la partie acoustique.

En studio, à Bruxelles, une seule prise a été suffisante pour enregistrer quelques-unes de ces chansons et ne pas perdre cette part de spontanéité qui s’entend tout au long de Kwegne. Un album dense, forcément prometteur.

Par Bertrand  Lavaine

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